Il faut sauver le vieux pont de Jambes1, c'est le titre d'un article sous forme de cri d'alarme que lançait la Revue du Touring club de Belgique dans sa livraison du 1er mai 1947. En effet, le Conseil supérieur des Ponts et Chaussées avait décidé en octobre 1947 de démolir le pont, bombardé en septembre 1944 et de le remplacer par un ouvrage neuf. Cette décision engendra une vive polémique.

La Revue du TCB

Le rédacteur en chef ne mâche pas ses mots suite au courrier de défense du vieux pont que lui avait adressé M. Eugène Dhuicque, membre de l'Académie royale de Belgique. Que Messieurs les ingénieurs, plongés dans le terre-à-terre de certaines préoccupations, négligent les questions d'art, le respect des traditions et ignorent tout ce qui fait l'attachement de l'homme à sa terre patriale, nous le concevons très mal car, enfin, ce corps est composé de gens intelligents, doués presque tous d'une instruction générale étendue, les « x » ne les obnubilent pas complètement. On se demande alors comment ils se laissent guider par les recommandations mesquines émises par quelques mandataires communaux égarés. Les protestations de corps qualifiés comme la Commission Royale des Monuments et des Sites, de sociétés savantes comme la Société Archéologique de Namur, n'ont-elles donc aucune valeur scientifique ? Peut-être n'est-il pas trop tard pour arrêter une pioche plus menaçante et plus dévastatrice que le furent les bombes de l'ennemi.

L'académicien et architecte Eugène Dhuicque (1877-1955)

pont de jambes - art et patrimoine 80

E. Dhuicque s'adresse au président du Touring Club en l'informant d'une situation inquiétante. Le sort d'un de nos plus beaux ensembles touristiques est gravement menacé, sinon compromis. C'est en faveur de toute la vallée de la Meuse, de Namur à Givet, que je pousse un cri d'alarme, que j'en appelle au Touring-Club, en lui demandant, en le conjurant de nous aider de tout son pouvoir, dans la défense de cette admirable réserve touristique qui rivalise, en grandeur et en beauté, avec les sites les plus célèbres de la vallée du Rhin.

Tout le monde connaît le vieux pont de pierre qui franchit la Meuse à Namur, au pied de la citadelle. Ses arches massives font partie intégrante de ce site admirable. Je n'entreprendrai pas ici de vous en retracer l'histoire. Qu'il me suffise de vous dire qu'un acte de l'abbaye de Géronsart, daté de 1183, en fait déjà mention comme d'un ouvrage existant depuis un certain temps, à cette époque.

Or, que puis-je mieux faire pour souligner l'importance de cette date que de vous rappeler le fameux pont d'Avignon, élevé entre 1177 et 1185 et celui qui franchit l'Aude, sous la cité de Carcassonne et remonte à 1184. Ces deux ponts sont, au surplus, les seuls ouvrages de ce genre, appartenant au XIIe siècle, qui soient parvenus jusqu'à nous. Voilà qui suffirait – me direz-vous certainement – pour imposer le pont de Jambes à notre respect.

...

Le problème qui se pose dépasse donc singulièrement le cadre de l'obget qui l'a fait naître. Le vieux pont de Jambes est le dernier rempart contre l'industrialisation de la Haute-Meuse belge. Il en est le génie protecteur. Et c'est pourquoi tous ceux qui ont la claire vision du rôle que tiennent et gardent nos réserves touristiques, se doivent de défendre la conservation de cet ouvrage vénérable dont, au surplus, la valeur historique, esthétique et archéologique ne saurait être mise en discussion.

La Commission royale des Monuments et des Sites

La CRMS écrit à l'époque au Ministre des Travaux publics et lui adresse un rapport circonstancié. En voici quelques extraits.

Il paraît vraiment inconcevable que les pouvoirs publics puissent envisager la destruction volontaire d'un des plus beaux et des plus anciens monuments du pays, remarquable à la fois au point de vue archéologique et artistique, et au point de vue du site exceptionnel dont il est un des éléments principaux, alors que la Belgique a vu déjà, par suite des guerres appauvrir d'une façon désolante son patrimoine artistique.

Puisqu'il est admis qu'un second pont est nécessaire à Namur, ne faudrait-il pas commencer par construire celui-ci avant de penser à démolir l'ancien pont ?

...

La Meuse, surtout entre Namur et la frontière française, ne doit pas être aménagée en tenant compte uniquement des intérêts de la batellerie et des commodités de la circulation. La province de Namur a ses intérêts propres, sa beauté, son industrie : le tourisme, dont on ne peut faire abstraction.

La Commission spéciale

de la Ville de Namur

La Ville de Namur avait chargé M. Pierre De Smet, sénateur et ancien Ministre des Travaux publics de présider une commission technique et de lui faire rapport au sujet de la problématique du pont. Le 22 juin 1946, la Commission remet un avis favorable quant au maintien du pont et à sa restauration.

Dans un article publié dans la Revue Générale belge M. De Smet2 aborde la question du pont. Si l'Administration supérieure devait s'obstiner dans son dessein... on pourrait regretter, une nouvelle fois de plus, qu'en Belgique, la beauté aurait été vaincue, sans raison suffisante, par des règlements s'exprimant en mètres et en tonnes. Il n'y aurait pas lieu de se réjouir de cette victoire inefficace de l'esprit de géométrie sur l'esprit de finesse.

L'issue favorable3

La polémique dura un certain temps encore car ce n'est qu'en 1958 que la décision officielle est prise de sauvegarder le pont moyennant certains aménagements : création d'une arche centrale en anse de panier (remplaçant deux arches) et l'élargissement de la voirie. Les travaux s'échelonneront de 1961 à 1965. Entretemps le pont des Ardennes avait été construit et ouvert en 1954.

Notes

1. Voir le fascicule monographique Le pont de Jambes. 30 ans après sa restauration, dans Namur patrimoine, n° 1, supplément au n° 230 de la revue Confluent, octobre 1995, 40 p. La photographie illustrant le présent article est extraite de la revue Confluent citée ici. Elle est de Pierre Dandoy.

2. P. DE SMET, Le Pont de Jambes, dans Revue Générale belge, 1947, pp. 530-541.

3. C. CHAINIAUX-GARNY, Le pont de Meuse. Communément appelé « pont de Jambes », Jambes, mai 1976.

 

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